18. 5. 2017
Une solution qui marche pour chacun.e dépend de chacun.e

J’ai été, une fois de plus, très inspirée par Miki Kashtan, lors de la formation à la facilitation de la convergence qu’elle donnait à Paris en décembre 2016. 

La facilitation de la convergence est un outil qui permet de prendre des décisions et de faire avancer des projets dans des environnements où les opinions sont très polarisées.

Elle se base sur le présupposé que les personnes peuvent collaborer et chercher ensemble des solutions qui marchent pour elles toutes si elles le font sur la base de critères sur lesquels elles commencent par s’accorder. Dans le monde très polarisé dans lequel nous vivons, je vis cette approche comme une bénédiction. L’étape préliminaire consiste à choisir avec soin les personnes qui participeront au processus, afin de garantir au maximum la crédibilité et donc la mise en œuvre et l’efficacité des décisions prises par le groupe. La facilitation de la convergence se pratique ensuite en 3 étapes :

1- Collecte des critères non controversés 

2- Création de propositions

3- Prise de décision et invitation du désaccord 

En tant que facilitatrice de processus collectifs, j’ai extrait de cette formation de nombreuses perles pour ma pratique et ma posture envers les groupes. En voici 7, en espérant qu’elles vous inspirent à votre tour !

1- Les personnes convergent rarement au niveau des opinions car les opinions ne coûtent rien ; il est donc facile de s’y accrocher. En tant que facilitatrice, pour arriver à quelque chose de non controversé, je dois contenir TOUTES les opinions dans mon corps, témoigne Miki. Ma tâche est de me dés-identifier des perspectives qui ressemblent aux miennes, d’élargir ma vision du monde afin d’accéder à l’essence non controversée des choses. 

2- En tant que facilitatrice, je veux que chaque personne sache qu’elle est importante, que ses besoins comptent : cela créé de la confiance. 'La chose la plus importante que vous offrez, c’est la création d’un espace où chaque personne sent qu’elle est importante’, insiste Miki. 

3- En tant que facilitatrice, je cherche le moment où la majorité du groupe est passée de l’état où on ne pense qu’à soi à celui où on veut trouver une solution qui marche pour tous. Quand les personnes n’ont plus besoin de se protéger, cela fait beaucoup d’énergie débloquée, disponible pour la créativité et la création de propositions.

4- En tant que facilitatrice, je veux me souvenir que, par essence, chaque fois qu’une personne s'exprime, elle essaye de contribuer à quelque chose qui est important pour elle. Si lorsqu’une personne parle je la perçois comme « non coopérative », je rate ce avec quoi elle est en train de coopérer. 

5- Dès que je dis « Quelle est la solution qui marche pour tout le monde ? », ça augmente les capacités de tout le groupe. On a besoin qu’on nous rappelle ça de façon continue. Et quand j’y crois vraiment, en tant que facilitatrice, c'est un bonus pour le groupe, une ressource pour son fonctionnement.

6- Dans le monde de la médiation transformative, au lieu de dire « impartial » on dit « multipartial » ou « unipartial », ce qui signifie être l’avocat des besoins de tout le monde. La neutralité crée de la distance, c’est comme si je reculais, que je n’accordais pas d’importance à ce qui se passe. 'Moi je me donne, je me jette dans le groupe’ nous dit Miki. ‘C’est ce que j’appelle la foi. Ca exige que tu aies foi dans les personnes.’

7- Il existe un lien étroit entre nourrir la confiance et inviter un désaccord sain. En effet, le moment où une personne exprime une opinion divergente ou se sent en décalage émotionnel par rapport au groupe est le moment où elle se sent le moins en sécurité. Si en tant que facilitatrice je continue à écouter avec attention quand j’entends du désaccord, j’encourage chaque personne à s’exprimer davantage, et à mettre davantage d’elle-même dans la collaboration naissante. 

 

Miki Kashtan est formatrice en Communication NonViolente, co-fondatrice de BayNVC, qui diffuse la CNV dans la région de San Francisco, et créatrice du modèle de la facilitation de la convergence. Elle est également l’auteure de plusieurs livres sur la nonviolence (voir mon blog ici) et tient un blog passionnant www.thefearlessheart.org (en anglais).